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Le sergent Louis PETIT et la « Maison de Napoléon 1er» à Saint-Riquier
A Saint-Riquier
( France ), dans la Somme, près d'Abbeville, il existe la « Maison
de Napoléon 1er». Son pignon épousant la forme du chapeau
impérial est surmonté d'une statue de l'Empereur
Cette maison a été construite par Louis Petit « soucieux
de transmettre dans les générations les souvenirs de l'histoire
» et de son frère, Edme, disparu à Leipzig, en 1813.
Des cartes postales représentant la « Maison de Napoléon
1er » ( au moins de quatre types) furent éditées vers 1900.
La statue d'origine était un peu moins grande que l'actuelle et les deux
jambes de l'Empereur y étaient entièrement dégagées,
donnant une plus grande fragilité à l'œuvre. Ruinée
par le temps, l'ancienne statue fut remplacée par une autre inaugurée
le 1er mai 1962 en présence de S.A. le Prince Paul Murat représentant
S.A.I.. le Prince Napoléon. Cette maison est devenue ensuite le bureau
des Postes et Télécommunications de la commune.
La revue du Souvenir Napoléonien portant le numéro 170-171 de
1962 nous donne la notice biographique de Louis Petit:
« Louis-Joseph-François Petit, constructeur de la «Maison
de Napoléon 1er », naquit à Bréviandes ( Aube ),
où son père était fabricant de bas, le 8 mars 1792 ; sur
le relevé de ses services au service historique du Ministère de
la Guerre, sa profession mentionnée est clerc de notaire. Conscrit de
l'an 1812, il arrive au 69" régiment d'infanterie le 3 avril 1812
; il y est affecté au 5" bataillon, 4" compagnie; il devient
caporal le 1er novembre 1812, fourrier, le 23 mars 1813, sergent, le 10 novembre
1813. Il passe à la 4" compagnie du Z' batail/on du 64" régiment
d'infanterie (n° MIe 514) le 6 septembre 1814. Son signalement était
le suivant: taille 1 m.
59, visage plein, front élevé, yeux bruns, bouche moyenne, menton
pointu cheveux et sourcils bruns, teint coloré.
Il fera à la Grande Armée, en Allemagne, la Campagne de 1813,
à l'Armée de la Moselle celle de 1814 et celle de 1815 à
l'Armée du Nord; il sera blessé d'un coup de feu aux jambes le
16 juin 1815 à Ligny. »

La singulière maison du Sergent Louis Petit
Pour rappel,
le 16 juin 1815, lors de la bataille de Ligny, le 64" régiment d'infanterie
de ligne composé de 2 bataillons était commandé par le
colonel Dubalen. Ce régiment comportait 891 fantassins et 40 officiers.
Il faisait partie de la 2" brigade commandée par le maréchal
de camp ( Général) baron Corsin, laquelle dépendait de
la 8" division d'infanterie du lieutenant-général baron Lefol,
appartenant au 3" Corps d'armée commandée par le lieutenant-général
Dominique Vandamme.
Près du chemin pavé reliant le château de Saint-Amand à
la rue de Ligny, deux chercheurs ont trouvé un bouton du 64" de
ligne. Un de ces deux boutons aurait pu appartenir au sergent Petit. Mais qu'importe,
ces témoins appartiennent, sans conteste, à cet héroïque
régiment qui, rappelons-le, fut parmi les premiers à débuter
la bataille de Ligny, et ce, par l'attaque, à 15 heures, du village de
Saint-Amand.
En voici quelques épisodes que j'ai tiré d'un ouvrage dont je
termine la lecture:
« ...Le premier boulet parti des batteries prussiennes tomba dans les
masses mmçaises et tua 8 hommes d'une compagnie du 64" de ligne,
commandée par le Capitaine Revest. Cet événement, loin
d'arrêter l'ardeur de nos soldats, ne fit que l'exciter, et c'est ainsi
qu'ils arrivèrent Il Saint-Amand et l'emportèrent à la
baïonnette.
...Le général Lefol, entré le premier à Saint-Amand, eut son cheval tué sous lui dans un verger et allait sans doute être fait prisonnier ou tué lorsque l'aide de camp Lefol (même nom que le général), n'écoutant que son devoir, ayant mis pied à terre au milieu d'une scène horrible de carnage, eut le bonheur de le tirer de ce mauvais pas en lui donnant le sien. Tous deux essuyèrent une décharge de mousqueterie et allaient être tués ou pris, lorsque l'arrivée imprévue d'une compagnie du 64°, sur le lieu de cette scène, les sauva, en donnant au général le temps de monter sur son nouveau cheval et d'aller rejoindre cette compagnie avec son neveu.
L'aide de camp Lefol eut son épaulette enlevée par un biscaïen et son cheval fut légèrement blessé. Toute la division a pu être témoin de sa brillante conduite dans les périlleuses attaques du cimetière de Saint-Amand.
Le soir de cette journée mémorable, le jeune Lefol, qui avait contribué à sauver la vie de son général, et qui déjà, à cette époque, avait été décoré par l'Empereur lui-même (décret du 26 mars 1815), fut proposé sur le champ de bataille pour le grade de capitaine.
Le combat se prolongea avec des avantages balancés jusqu'au soir. Toutefois, les Prussiens ne purent reprendre ni l'église, ni le cimetière, dont la division française s'était si vivement emparée dès le début de la bataille.
Ce fut,
vers les 6 heures (après-midi) qu'il se manifesta parmi les soldats d'un
régiment un mouvement de terreur, que l'on ignora heureusement dans l'armée
et qui aurait pu avoir des suites funestes sans un moyen d'une extrême
énergie qu'employa le général Lefol, et sans empressement
que mirent plusieurs officiers à faire cesser cette espèce de
panique, occasionnée d'abord par la fausse nouvelle répandue qu'une
colonne ennemie venait surprendre la gauche de la division, et par l'impression
pénible que causa au 64c de ligne la mort du colonel Dubalen qu'il aimait
et estimait. Plusieurs soldats quittèrent leurs rangs, jetèrent
leurs fusils et pouvaient ébranler, peut-être même entraîner
tout le corps d'armée, lorsque plusieurs officiers au nombre desquels
se trouva le général Corsin, commandant l'une des brigades de
la division, accoururent, arrêtèrent les fuyards, les rassemblèrent
et les ramenèrent au combat, qu'ils soutinrent ensuite jusqu'au soir
avec la même intrépidité qu'au début.
Le général Corsin qui, pendant cette journée, se fit remarquer
par son courage et son énergie, eut trois chevaux tués ou blessés
sous lui à Saint-Amand...
Revenons au sergent Petit. Il sera licencié le 6 septembre 1815, encore
à l'hôpital.
Retiré d'abord à Troyes, semble-t-il, il sera nommé employé
des Contributions indirectes le 27 mars 1816 et installé le 25 avril
suivant. En 1823, nous le trouvons « employé dans les Droits Réunis
», au Cateau-Cambrésis (Nord) où il perd sa première
femme, Suzanne-Antoinette Lemoine, âgée de 20 ans. En 1824, il
est muté à Ham (Somme), comme « Commis à cheval des
Contributions indirectes ».
Nous le retrouvons en 1836 comme « Receveur à cheval des Contributions
indirectes» à Saint-Riquier (Somme). Il s'y marie le 7 juin 1836
à Rose-Aline Lefèvre; 2 enfants naîtront de ce mariage:
Marie-louise-Virginie (1838-1881) et Virgile (1844-1853).
Il construira
la « Maison de Napoléon 1er » vers 1840, pour loger sa famille,
et ses vifs sentiments bonapartistes lui feront élever ses enfants dans
le culte de l'Empereur.
Il sera retraité le 12 juin 1848 et nommé capitaine des sapeurs-pompiers
de Saint-Riquier par Décret impérial du 23 novembre 1853. A la
même époque, le préfet de la Somme le nommera membre de
la Commission administrative de l'Hospice civil de Saint-Riquier.
Il sera décoré de la Médaille de Sainte-Hélène et inscrit à la Grande Chancellerie sous le numéro 90.393.
Sa fille Marie-Louise se mariera en 1859 à Maître Eugène
Marcassin, notaire à Saint-Riquier; 7 enfants naîtront, parmi lesquels
le second sera Georges, né en 1861, premier petit-fils de Louis Petit
qui signera son acte de naissance. Georges deviendra notaire, succédera
à son père et sera maire de Saint-Riquier qui lui doit son service
des Eaux. Parmi les autres enfants, René deviendra directeur de la Compagnie
de Saint-Gobain, sera propriétaire de la « Maison de Napoléon
1er» après la mort de Madame Petit en 1890, et la transmettra,
à son décès, en 1944, à sa fille Madame Lauzier,
née en 1905, qui la cédera à Madame Pardessus, l'actuelle
propriétaire, le 2 décembre 1961, date anniversaire du Sacre et
d'Austerlitz, choisie d'un commun accord, par devant Maître Bacuez, notaire
à Saint-Riquier, successeur de Maître Georges Marcassin. Madame
Pardessus est la première propriétaire ne descendant pas de Louis
Petit.
Madame Lecocq, de Doullens, ayant assisté aux cérémonies
du 1er mai 1962, est la fille de Marguerite Marcassin, le 4° des 7 enfants
de Marie-Louise Petit, fille de Louis Petit.
Louis Petit mourra à Saint-Riquier, le 29 décembre 1863, dans
cette maison qu'il fit construire. fi repose actuellement au nouveau cimetière
de la commune, dans le tombeau de la famille Marcassin, avec son épouse
décédée en 1890, et que l'une des personnes présentes
le 1er mai, Armand Codevelle d'Amiens, avait connue;
son fils, Virgile, mort prématurément dans cette maison en 1857,
sa fille MarieLouise, son gendre Eugène Marcassin, plusieurs de ses petits-enfants,
dont Georges, le seul petit-fils qu'il connaîtra, sont inhumés
également dans ce tombeau.
Le nom de Louis-Joseph-François Petit est gravé sur la partie
arrière du socle de la croix de pierre érigée sur le monument
familial.
LOUIS-JOSEPH
PETIT 1792-1863 SOLDAT DE LA GRANDE ARMEE BLESSE A LIGNY LE 16 JUIN 1815. MEDAILLE
DE SAINT- HELENE DEVINT RECEVEUR DES CONTRIBUTIONS INDIRECTES A SAINT-RIQUIER
OU IL SE MARIA EN 1836 A ROSE ALINE LEFEBVRE 1809-1890. VERS 1840, IL CONSTRUISIT
CETTE MAISON DONT LE PIGNON IMITANT LE CHAPEAU IMPERIAL LEGENDAIRE FUT SURMONTE
DE LA STATUE DE NAPOLEON 1er EMPEREUR DES FRANÇAIS, ROI D'ITALIE.
RUINEE PAR LE TEMPS, ELLE FUT REMPLACEE PAR UNE STATUE SEMBLABLE INAUGURÉE
LE 1er MAI 1962 EN PRESENCE DE S.A. LE PRINCE PAUL MURAT REPRESENTANT SAI. LE
PRINCE NAPOLEON.
VILLE DE SAINT-RIQUIER SOUVENIR NAPOLEONIEN SECTION DE PICARDIE